Accessibilité

Audit RGAA : qui peut le faire et à quoi reconnaît-on un audit sérieux

Aucun label d'État ne désigne un auditeur en accessibilité. Trois niveaux d'audit, ce qu'un rapport sérieux contient, les questions à poser avant de signer.

7 min de lecture

L'obligation est posée. Votre site doit faire l'objet d'une déclaration d'accessibilité, et cette déclaration suppose un audit RGAA. La première question est naturelle : à qui le confier, et comment savoir si le prestataire est sérieux ?

« D'après moi, une entreprise qui développe un logiciel pour l'État doit être en mesure de démontrer sa capacité à concevoir des sites web et des applications accessibles. Pour cela, il devrait exister une norme permettant d'attester de ses compétences en matière d'accessibilité numérique. »

— Mazen, dirigeant de LeCode

Aucun label d'État ne désigne un auditeur en accessibilité numérique. Ce n'est donc pas le statut du prestataire qui distingue un audit sérieux d'un rapport de complaisance. C'est sa méthode, et elle se vérifie avant de signer.

Personne n'est habilité par l'État à auditer votre site

En sécurité de l'information, un prestataire peut être qualifié par un organisme officiel : la qualification atteste d'un niveau de compétence vérifié de façon indépendante. Rien d'équivalent n'existe en accessibilité numérique. Aucun agrément, aucune accréditation, aucun registre. N'importe qui peut proposer un audit accessibilité, et personne ne peut prétendre en avoir le droit exclusif.

Ce vide institutionnel ouvre le champ à trois profils, qui coexistent sans hiérarchie officielle. Un prestataire spécialisé en accessibilité numérique, bureau d'études ou expert indépendant dont c'est l'activité principale. Une agence web ou une ESN qui gère déjà le site et propose d'en conduire l'audit : la connaissance du contexte technique est un atout réel. Une équipe interne une fois formée : ce profil est sous-estimé, parce qu'une personne formée à la méthode peut conduire des audits de régression à chaque mise à jour, ce qu'aucun prestataire externe ne fera à ce rythme.

Dans les trois cas, le tri se fait sur la méthode. Pas sur le titre. Ce que Mazen ajoute à titre d'illustration : « Les problèmes de contraste des couleurs nous concernent aussi, et je nous inclus dans le lot. Par exemple, le vert du « C » de LeCode, qu'on utilisait auparavant sur les boutons, présentait un véritable problème de contraste. Nous avons eu beaucoup de difficultés à le corriger. » Un prestataire qui nomme ses propres écarts est plus fiable que celui qui n'en a jamais.

Trois travaux différents portent le nom d'audit

Quand un prestataire propose un « audit d'accessibilité », trois niveaux de travail très différents peuvent se cacher derrière ce terme. Les distinguer conditionne la valeur du document que vous recevrez.

Le premier est le scan par outil automatisé. Il identifie les anomalies détectables par un script : un attribut HTML manquant, un contraste insuffisant, une structure de titres absente. Il donne « une vue très rapide sur les enjeux », rien de plus. Il peut manquer la moitié des problèmes d'une page.

Le second est l'audit automatisé étendu, qui combine plusieurs outils et peut intégrer des tests manuels ponctuels. Il est plus complet, mais son périmètre et sa méthode varient selon qui le conduit.

Le troisième seul engage pleinement : le passage de la grille RGAA 4.1.2 critère par critère, organisé par thématiques (images, cadres, couleurs, multimédia, tableaux, liens). « Le RGAA, c'est une grille légale. C'est comme une norme, avec tel point OK, pas OK. » Ce niveau vaut pour les sites web ; les applications mobiles et les logiciels métier supposent des accès ouverts par le client.

Ce qui distingue ce niveau, c'est que le RGAA 4.1.2 fournit pour chaque critère la méthode de vérification. Ce n'est pas seulement « l'information ne doit pas être donnée par la seule couleur » c'est aussi la démarche précise pour le vérifier. C'est cette rigueur qui transforme un rapport en plan d'actions.

Pour comprendre comment le RGAA s'articule avec les WCAG et la norme EN 301 549, l'article RGAA, WCAG, EN 301 549 : lequel vous engage ? en donne les définitions. C'est aussi ce qu'enseigne la formation Tester l'accessibilité de sites et d'applications.

Comment lire une proposition d'audit

Quatre points se vérifient avant de signer. Un rapport qui ne les renseigne pas ne permettra pas de prioriser les corrections.

Le périmètre audité. Quelles pages, quels parcours, quelle taille d'échantillon ? Un site public classique s'audite depuis l'extérieur, sans accès particuliers. Une application web, un espace client ou un logiciel métier supposent des accès ouverts par le client avant le début de l'audit. C'est ce facteur qui fait varier une proposition d'un prestataire à l'autre, avant même le volume de pages retenues.

La version du référentiel appliquée. RGAA 4.1.2, qui décline les WCAG 2.1 en critères vérifiables en droit français, est la version en vigueur. Une nouvelle version du RGAA est annoncée pour la fin 2026. Un audit conduit sur une version antérieure sans le préciser ne vaut rien pour la déclaration d'accessibilité.

La méthode de vérification. Un rapport sérieux indique pour chaque défaut relevé : le critère concerné, la méthode de test appliquée et la page ou le composant testé. Un constat sans méthode n'est pas reproductible. Et il faut l'accepter : « L'auditeur peut percevoir les choses d'une manière ou d'une autre. Ce n'est jamais tout noir ou tout blanc. » C'est une raison d'exiger des constats explicités, pas un doute sur la validité du référentiel.

La forme du rapport. Les défauts doivent être hiérarchisés en bloquants, majeurs et mineurs. Un rapport qui se limite à un taux global ne permet pas de prioriser les corrections. Un audit sérieux combine tests automatisés et tests manuels, et y intègre des tests au lecteur d'écran sur poste et sur mobile. Dans certaines formations, des personnes en situation spécifique interviennent directement : « On a l'utilisateur devant nous. » Aucun outil ne remplace ce retour.

Faire auditer, ou savoir auditer

Un audit externe et une équipe interne formée ne répondent pas au même besoin, et les deux ne s'excluent pas.

L'audit externe photographie un état à une date donnée. Il est utile une première fois, ou après une refonte importante. Il ne maintient pas la conformité au fil des mises à jour.

« Dans la deuxième formation, on va expliquer comment corriger les points RGAA. Si on ne connaît pas les points RGAA, on va avoir du mal à suivre. Et surtout, la première est importante pour se mettre dans la peau des personnes avec des besoins spéciaux : voir comme elles voient, entendre comme elles entendent, et voir un site comme elles le voient. »

— Mazen, dirigeant de LeCode

Que votre site soit développé en interne ou confié à un prestataire, l'accessibilité numérique ne devrait pas dépendre uniquement d'un audit ponctuel. Elle repose aussi sur les compétences des personnes qui conçoivent, développent et font évoluer vos interfaces.

Pour les entreprises qui disposent d'une équipe interne, cela passe notamment par la formation. La Sensibilisation à l'accessibilité numérique proposée par LeCode permet de comprendre les enjeux et d'adopter les bons réflexes dès la conception d'un projet.

Et lorsque le développement est externalisé ? Le principe reste le même : s'assurer que les prestataires disposent des compétences nécessaires pour intégrer l'accessibilité à leur travail.

« J'invite ces entreprises-là soit à faire monter en compétence leurs collaborateurs, soit à s'assurer que leurs sous-traitants qui gèrent la partie web ont des collaborateurs formés. »

— Rémi, responsable de la formation accessibilité

Un bon audit, c'est surtout un audit qui sert à quelque chose

Choisir un auditeur ne devrait pas se résumer à comparer des devis ou à rechercher le prestataire le plus expérimenté sur le papier. Ce qui compte, c'est sa capacité à identifier précisément les problèmes d'accessibilité et à vous fournir des résultats exploitables.

Avant de vous engager, posez-vous donc quelques questions : quelles pages seront analysées ? Quels critères seront vérifiés ? Comment les anomalies seront-elles présentées ? Et surtout, vos équipes sauront-elles quoi faire des résultats ?

Car au fond, l'objectif n'est pas simplement d'obtenir un rapport d'audit. C'est de disposer d'une base fiable pour améliorer l'accessibilité de votre site et maintenir ces améliorations dans le temps.

Et une fois le rapport entre vos mains, le travail ne fait que commencer. Pour connaître les prochaines étapes, découvrez notre article Votre site a été audité : quelles sont les prochaines étapes ?, consacré aux actions à mettre en place après un audit RGAA.

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